L'une se dit ouverte (FFST). Elle est délégataire du ministère et accepte toute les races de chiens lors des compétitions. L'autre se dit fermée et ne reconnaît que les races de chiens nordiques (husky, groenlendais, malamute et samoyède). Elle n'accepte pas les autres races de chiens dans ses courses. C'est deux positionnements sont enracinés dans l'histoire du mushing français et nos structures institutionnelles se sont organisées autour, comme si ces réalités ne pouvaient être dépassées, générant au passage d'innombrables effets pervers (nombre de licenciés, incompréhension du public, des médias; intox, coups bas etc...). Aujourd'hui, les meilleurs mushers de ces deux fédérations courent avec les mêmes chiens. Et ces chiens, il faut bien l'avouer ce sont éloignés du standard. Mais quelle réalité du chien nordique ce standard recouvre-t-il ? Il suffit de regarder les photos des premiers huskys de Sibérie arrivés au début du 20é siècle sur le continent américain pour comprendre que les hommes du paléolitique qui ont travaillé la génétique de l'ami de l'homme ont valorisé avant toute chose les qualités intrinsèques de travail, de résistance, d'endurance, de sociabilité. La beauté des chiens nordiques est une construction du 20è siècle qui s'inscrit comme tout ce que nous vivons dans un projet de rationalisation et de domination de la nature. D'autre part, n'oublions pas non plus que ce qui a motivé l'arrivée massive des premiers chiens huskys en Alaska est la reconnaissance de leur qualité de vitesse.
Cependant, je constate aussi des changements rapides dans le husky de course depuis quelques années, notamment dans les catégories de 4 et 6 chiens. Les chiens ont une durée de pratique de la compétition dans les circuits internationaux de plus en plus courte. L'exigence de vitesse et le niveau de performance serait-il plus élévé qu'avant ? Je constate aussi que les chiens sont performants très tôt dans les courses de vitesse. Ce qui serait un critère supplémentaire m'arguant à penser qu'ils deviennent de véritables spécialistes des disciplines dans lesquels ils courent. Au niveau européen, il existe une dynamique visant, sans réellement se définir ainsi, à créer un husky de plus en plus performant, à la morphologie et au mental s'"alaskanisant". Les producteurs de ces chiens sont aussi les mushers les plus performants. Ils ont une vraie pratique du réseau.
Il y a donc à l'extrème d'un discours très conservateur, se positionnant sur 4 races de chiens conformes à un compromis idéal de beauté et de travail défini par quelques hommes, voire presque les divinisant (seraient-ils des chiens élus ?), un autre discours plus libéral intégrant des ancrages forts de la société moderne qui seraient, notamment, la performance, le métissage, le réseau, la technologie.
FFST et FFPTC :A quand la réunification de ces deux entités de l'histoire du mushing français ?
Un grand nombre de mushers positionnant le sport et ses valeurs avant la gloriole des premières marches de podium, positionnant également la convivialité et le bonheur de partager avec nos athlètes canins l'ivresse des courses bien avant les palmes des sélections internationales, attendent la réunification.
De mon point de vue, quelques têtes doivent tomber.
Les psychanalistes diraient "qu'il faut tuer le père". Dans son analyse du fonctionnement d'équipes éducatives, Paul Fustier, psychanaliste, excellent joueur de vielle à roue, appelle "contrat narcissique" cette propension des membres fondateurs d'une organisation à lutter contre tout ce qui vient troubler l'ordre établi. En ce sens, les institutions n'existent pas uniquement pour les usagers, donc pour nous licenciés de club, mais elles sont aussi l'outil de la propre valorisation des fondateurs. Vouloir changer quelque chose, c'est ébranler l'édifice, l'utopie fondatrice. Celui qui veut intervenir dans l'institution mais qui n'a pas participé à la force collective de sa fondation est un profane.
Notre sport est une activité qui bénéficie d'un statut particulier lorsqu'on l'évoque au néophyte : Il fait rêver !
En France, il faut avoir l'honnêteté de dire que nous ne le devons pas à nos champions de sprint ou de moyenne distance ; tous d'illustres inconnus pour le grand public. D'ailleurs, il suffit de voir qu'elle fut l'orientation principale de la FFST depuis la reconnaissance de la délégation ministérielle. Les dirigeants ont organisé les forces de la fédération autour des professionnels, de la reconnaissance d'un diplôme d'Etat. lls ont donné à ce qui était une pratique 'Underground" où l'on voyait les meilleures et les pires choses un visage acceptable aux yeux du grand public et du Ministère. Ce choix de politique générale, rationnel, conforme à l'organisation française du sport, avait un prix à payer : La coupure avec la base. Dans les Pyrénées, cette coupure fut ressentie à différents niveaux. La survalorisation de professionnels reconnus, l'institutionnalisation des pratiques professionnelles a participé à la mort de certaines formes de sociabilités entre mushers, notamment en barrant l'accès des stations aux compétiteurs et aux pratiquants en loisirs. Cette tendance à professionnaliser une activité sportive fut aussi la porte ouverte pour les stations et les élus locaux à revisiter des fonctionnements tacites, fondés sur des pratiques de tolérance mutuelle, de convivialité entre skieurs, pros, compétiteurs et randonneurs. Dans l'impossiblité de se retrouver, de nombreux liens entre les mushers se sont coupés ; chacun organisant sa pratique du traîneau de manière individuelle. Naturellement, la vie des clubs en fut aussi modifiée, réduisant le droit d'association et tout ce qu'il génère comme promesse de "faire-ensemble" à une simple adhésion, un petit repas pour l'assemblée générale et de timides retrouvailles sur les lieux de course.
A qui devons-nous donc le rêve?
D'abord à la littérature.
D'abord aux récits des premiers missionnaires parcourant en traineaux à chiens la Nouvelle-Angleterre. Ensuite, à Jack London qui a fait des chiens de traineau les héros de la ruée vers l'or. A Paul-Emile Victor et ses nombreuses expéditions polaires. A François Varigas et ses "dix chiens pour une rêve", qui présenta son aventure à "Apostrophes" l'émission littéraire culte de Bernard Pivot dans les années 80. Encore de la littérature!
Enfin aujourd'hui à Nicolas Vanier, qui publie régulièrement des ouvrages sur ses aventures nordiques, qui signe des reportages et des longs métrages et est l'un des artisans de la course de traineau française la plus médiatisée : la Grande Odyssée. Il est le seul musher français, peut-être européen à avoir une reconnaissance internationale, des entrées sur les plateaux télés et les radios. Seul musher, à avoir réussi à faire de son chien de tête, quelles qu'en soient les véritables qualités de leader, un héros.
Paradoxalement, ce sport est confidentiel.
Tellement confidentiel qu'en France,si vous voulez faire de la course avec vos chiens, mieux vaut avoir de bons copains expérimentés sinon...Whiteout ! Rien ! Pas un seul livre digne de ce nom, pas un stage, pas un plan d'entraînement synthétisant 25 ans d'expérience de mushing en France. Quelle ingratitude pour des gens qui doivent tant à la littérature ! Seul Thierry Bloch, certainement l'un des meilleurs connaisseurs de ce sport en France s'est "attelé" il y longtemps à la traduction du livre de Jim Welch.
Par contre des blogs, des blogs et des blogs, des photos, des photos...
Des égos heureux d'être vivant sur le web et naturellement absents des grands podium internationaux. Car le musher français sur la scène internationale ne brille que par sa présence, peu par ses résultats. Les exploits de certains (Puginier, Bloch, Fontaine, Anglade, Logeais, Ozel,Milesi, Jeannerod, Traullé, Lenoir...) font parfois oublier la réalité de notre sport en France. Un milieu fermé sur lui-même, arc-bouté à une histoire de 20 ans.
Des sportifs réunis en castes plutôt qu'en clubs. Une solidarité toute matérielle fondée sur le service rendu (le matos, la saillie, le bon plan de croquettes...)
Le musher français du XXIè siècle cultive le rêve du sportif de haut niveau. Peut-être un rêve inaccessible car le grand public lui en impose un autre : Celui des grands espaces nordiques, des espaces vierges, de la lutte contre les éléments, du courage et de la beauté des chiens.
Quelle place donc pour des courses de 20 minutes sur des billards glacés avec des chiens bodybuldés?
Une place confidentielle à la hauteur de notre solidarité nationale.
Et que font les fédérations pendant ce temps ?
Elles rêvent...d'élections !

Un peu de bazar à la stake-out
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