Ce midi, france 3 présentait un petit reportage sur l'un de nos plus médiatiques mushers de longue distance, engagé à
plusieurs reprises dans la Grande Odyssée et la Finnemarksloppet. Le reportage présentait l'univers d'un passionné, la rigueur de son travail, son engagement physique, La sélection des
chiens, le plaisir et la joie de vivre avec des athlètes canins. Les images (du Jura, je crois) valorisaient la beauté du site d'entraînement et tissaient l'éternelle toile de fond de ce type de
documentaire, à savoir la communion avec la nature dans un espace vierge de toute humanité et la performance. C'est une image d'Epinal à laquelle je suis moi-même sensible lorsque je m'offre le
luxe de petites randonnées pyrénéennes ou lorsque je me prends pour un athlète de haut niveau. Cependant, bien souvent, mon retour à la stake-out, près de mon fourgon au confort spartiate, me
rappelle à la réalité d'une pratique du traîneau en France et à mon statut d'aventurier du dimanche.
J'ai beau mettre ma chemise carreau, mes vieilles Sorel et ma barbe de Clint Eastwood, je n'en reste pas moins un Ch'ti émigrant dans le sud-ouest où l'on parle la langue de d'Artagnan et de Pierre Bayle et qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de s'y passionner pour des chiens nordiques et une pratique millénaire de glisse importée de Russie et d'Alaska.
Et alors ? Alors, il y a des périodes de l'année où cela me dérange, où je me dérange. Des moments où je me dis que les choses ne tournent pas rond. Des moments où j'attends le froid, j'attends l'hiver, je me glisse avec bonheur dans cet univers inconfortable. Je traverse la France pour faire 40 minutes de traîneau en deux jours dans de sublimes décors alpins. Je retrouve les copains confortablement installés dans leurs paradisiaques camping-cars, le bruit des groupes électrogènes qui chauffent les caravanes et les esprits. Les chiens sont de magnifiques athlètes au poil luisant, les mushers sont parfois grassouillets, on rit, on boit, on s'invite, on commente la course, on critique la fédération et le Président, on conseille, on refait le monde...Bref, c'est la belle vie!
Je me dérange de vivre l'hiver comme un loisir, de vivre la morsure du froid comme un cadeau. Je me dérange de m'être inventé un rêve de nanti occidental quand rien ne m'y contraint et qu'à deux pas l'on dort dans des cartons, sous des bâches bleues.
A quelle course suis-je prêt à renoncer, quel chien suis-je prêt à vendre pour lui permettre quelques temps de vivre un peu mieux ?
J'vous dérange ?
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